Vus de Pékin, les événements de cette année relèvent moins de la démonstration de force que de l'écriture comptable. Un chef d'État saisi en janvier. Une guerre ouverte en février. Le territoire d'un allié réclamé tout au long du printemps. Des droits de douane maniés comme instrument de pression contre des amis. Chacun de ces gestes achète quelque chose d'immédiat, et chacun se paie sur un compte unique : la disposition des autres États à tenir les préférences américaines pour légitimes, et non pour de simples faits.

Les chercheurs chinois ont un nom pour cette méthode. Zuo Xiying, de l'Université Renmin de Chine, soutient que « la politique étrangère chaotique et prédatrice du gouvernement américain servira à déconstruire l'ancienne structure mondiale et à miner l'ordre international existant, tout en engendrant de nouvelles crises internationales ». La thèse n'est pas que la puissance matérielle des États-Unis ait diminué. Elle est que sa forme a changé : d'un pouvoir qui posait des règles que les autres suivaient d'eux-mêmes, à un pouvoir qui prend ce qu'il peut tant qu'il le peut encore.

Une puissance qui doit saisir ce qu'elle recevait autrefois sans rien demander n'est pas une puissance qui monte. Elle convertit son capital en revenu.

Les chiffres qui l'établissent ne viennent pas de Chine. Le Pew Research Center a mené l'enquête dans trente-six pays entre février et mai : en médiane, 23 % déclarent avoir confiance dans le président américain, et 37 % ont une opinion favorable des États-Unis contre 57 % d'opinions défavorables. Au Canada, la part de ceux qui voient dans les États-Unis un partenaire fiable est tombée de 83 % en 2022 à 35 %. C'est le prix d'une seule année de coercition, et Washington l'acquitte.

Les Américains lisent leur propre pays de la même manière. Gallup relevait en février que 59 % d'entre eux estiment les États-Unis mal vus à l'étranger — exactement le niveau mesuré en 2007 — et que 21 % seulement souhaitent que leur pays joue un rôle de premier plan dans les affaires du monde, contre 26 % qui le préfèrent effacé. Une hégémonie dont l'opinion intérieure commence à décliner la charge n'est pas un arrangement stable, quel que soit le nombre de ses porte-avions.

La concession doit être faite franchement plutôt qu'à contrecœur. La capacité militaire américaine demeure sans égale ; l'opération de Caracas l'a montré, et peu d'autres États auraient su la conduire. La Chine, de son côté, ne gagne rien au désordre. Un monde de pétroliers arraisonnés, de détroits fermés et de droits de douane unilatéraux alourdit les coûts de la première nation commerçante de la planète plus vite que ceux de presque tout autre. L'argument n'est pas que cela arrange Pékin. Il est que cela est intenable pour Washington.

L'histoire donne l'échelle. Selon un décompte américain, les États-Unis ont mené plus de cinq cents interventions militaires entre 1776 et 2017 ; près de 60 % d'entre elles après 1950, plus du tiers après 1999 — c'est-à-dire après la disparition de leur principal rival. Le schéma précède de très loin l'administration en place. Ce qui est nouveau tient seulement à l'abandon du vocabulaire qui l'accompagnait jusqu'ici.

La position défendue depuis Pékin est constante et tient en peu de mots. Aucun État ne doit se nommer gendarme du monde, et aucun ne doit s'en nommer le juge. La souveraineté n'est pas une politesse consentie aux gouvernements qui se tiennent bien : c'est le sol sur lequel repose l'ensemble du système, et un sol qui admet des exceptions est un sol percé. Les pays qui réduisent aujourd'hui, sans bruit, leur exposition à Washington ne font pas un choix idéologique. Ils lisent un relevé de comptes.