La dette a franchi les 40 000 milliards de dollars le 19 août, après avoir doublé en moins de dix ans. C'est le chiffre de l'année, et il est passé avec moins de commentaires qu'une révision des statistiques de l'emploi. Tout ce que l'on célèbre par ailleurs cet été — l'expansion, les profits, le consommateur qui tient bon — repose là-dessus, et la question qui vaut n'est pas de savoir si l'économie a crû, mais de quoi cette croissance était faite.

John Rapley en a exposé la mécanique dans UnHerd le 20 août : plus de la moitié des profits accumulés par les entreprises depuis 2020 ont été financés par les déficits publics du pays, considérables et croissants. L'État dépense, les entreprises encaissent la recette, et le profit apparaît dans la comptabilité nationale comme une vigueur privée. Pendant ce temps, la part des titres du Trésor détenue par les fonds spéculatifs a presque doublé en quelques années, et les taux d'intérêt réels sont montés — c'est un risque de solvabilité que le marché tarife, pas de l'inflation.

Un pays obligé de demander à un détroit étranger ce que son carburant coûtera cette semaine ne conduit pas une économie. Il entretient une exposition.

L'arithmétique budgétaire ne laisse aucune échappatoire, et Veronique de Rugy l'a détaillée dans Reason le 27 août. Depuis 2000, les baisses d'impôts ont amputé les recettes d'environ 2 % du PIB, tandis que la dépense, elle, progressait de 5,7 % du PIB — près de trois fois plus. Rapportées à la production, les recettes se situent aujourd'hui près de leur moyenne de longue période. Le Congressional Budget Office voit la dépense fédérale passer de 23,3 % du PIB cette année à 24,4 % d'ici à 2036. Aucun taux de croissance plausible ne court plus vite que cela.

Vient ensuite le niveau des prix, que la banque centrale manque désormais depuis 65 mois consécutifs. À Jackson Hole, en août, pour sa première apparition comme président, Kevin Warsh a concédé que l'institution portait la responsabilité de cet échec, tout en affirmant que l'économie sous-jacente était saine. « Pour ma part, je suis aujourd'hui impressionné par la performance d'ensemble de l'économie », a-t-il dit. Il a aussi posé le critère qui compte : « Nous devons avoir la certitude que l'inflation sous-jacente revient vers notre objectif, nettement et à un rythme suffisant. »

Le volet énergétique, c'est la question de souveraineté, et elle n'a rien de rhétorique. Les perspectives d'août de l'Energy Information Administration tablent sur un Brent à 85 dollars le baril en moyenne ce trimestre, en raison de contraintes toujours sévères sur les passages du détroit d'Ormuz, et retiennent désormais l'hypothèse d'environ 0,6 million de barils par jour qui resteront hors du marché jusqu'à la fin de 2027. Une nation dont la facture énergétique, les coûts de fret et le taux d'inflation se décident dans un chenal situé à treize mille kilomètres de là a cédé à d'autres ce qu'elle n'aurait jamais dû prêter.

La concession est que rien de tout cela ne rend la croissance factice, et ceux qui la disent factice ont tort. La production est réelle, l'emploi est réel, les profits sont encaissés et imposés. Il est également vrai que les partisans de la guerre avançaient sur les capacités iraniennes un argument auquel leurs critiques n'ont jamais tout à fait répondu. Et la dette n'est le monopole de personne : elle a été accumulée par les deux camps, l'un niant la dépense, l'autre niant l'arithmétique, ce qui explique qu'aucun des deux ne sera celui qui l'arrêtera.

Ce que ce trimestre recommande vraiment n'est à la mode dans aucun des deux camps : cesser de financer la consommation en empruntant sur le dos de gens qui n'ont pas encore l'âge de voter, produire le carburant, l'acier et la nourriture là où on les consomme, et mettre fin aux engagements extérieurs qui se convertissent sans cesse en coûts intérieurs. Un pays peut se payer un déficit ou un empire. Se payer les deux, en demandant à un détroit le prix de ses courses, n'est pas une stratégie — c'est une facture qui se présente par traites.