Il faut lire les comptes du deuxième trimestre au-delà du seul chiffre affiché. Le PIB réel a progressé au rythme annualisé de 1,5 %, mais le Bureau of Economic Analysis indique aussi que les ventes finales réelles aux acheteurs privés intérieurs — ménages et entreprises, hors commerce extérieur et hors dépense publique — ont augmenté de 4,2 %. Les profits tirés de la production courante ont progressé de 400,9 milliards de dollars, contre 74,4 milliards au premier trimestre. La dépense publique, elle, a reculé. L'économie privée n'a pas ralenti : elle a simplement été mesurée à côté d'un secteur public en repli.

C'est ce résultat qui mérite d'être défendu, parce qu'il n'était pas censé se produire. Un couloir maritime par lequel transite une part considérable du brut transporté par mer est étranglé depuis six mois. Le fret, l'assurance et le carburant ont tous vu leurs prix se réajuster. Le manuel veut qu'un choc d'offre de cette ampleur produise une contraction. Au lieu de quoi le capital s'est déplacé, les contrats ont été réécrits, et l'activité a continué de croître au travers du choc.

Un choc de cette taille est un test de résistance, et ce qui est testé n'est pas le Trésor. C'est de savoir si les prix ont encore le droit de faire leur travail.

Il faut savoir gré à la Réserve fédérale de ce qu'elle n'a pas fait. Le 29 juillet, elle a maintenu la fourchette cible à 3,5-3,75 %, jugeant que « l'activité économique progresse à un rythme solide malgré une incertitude élevée qui tient, pour partie, au conflit au Proche-Orient ». Trois membres ont voté contre, pour une hausse d'un quart de point. Un comité qui débat de l'opportunité de resserrer en pleine guerre est un comité qui fait son métier ; la défaillance à craindre a toujours été l'autre.

Michael Strain, de l'American Enterprise Institute, a formulé le 27 août l'argument de fond, contre les critiques des deux bords. « Dans une économie en croissance, on peut améliorer son sort sans que d'autres voient le leur se dégrader. Cette dynamique nourrit la tolérance, le pluralisme et l'attachement à la liberté politique. » Ce n'est pas un slogan sur le PIB. C'est le constat qu'une société qui a cessé de croître doit trancher chaque question en prenant quelque chose à quelqu'un, et que les sociétés qui procèdent ainsi ne sont pas agréables à vivre.

Il faut concéder qu'une croissance de ce type flatte une tendance de fond médiocre, et le Royaume-Uni est là pour le rappeler. L'Office for National Statistics donne le PIB britannique en hausse de 0,4 % sur le trimestre et de 1,2 % sur un an, avec une production industrielle étale à 0,0 % et un PIB réel par habitant en progression de 1,0 % seulement sur douze mois. Un pays peut aligner des trimestres honorables pendant des années sans que ses habitants s'en trouvent mieux. C'est la productivité, et non le chiffre affiché, qui est la variable qui compte.

L'autre concession porte sur l'inflation, et elle est autant le fait de l'administration que celui de Téhéran. Une partie du niveau des prix tient au brut et au fret. Une autre tient à un barème douanier qui ajoute une surtaxe intérieure à des biens qu'un blocus étranger a déjà renchéris. Il n'existe aucun argument libéral pour taxer ses propres consommateurs afin de punir un fournisseur, et prétendre que les deux sources d'inflation n'en font qu'une, c'est très exactement la manière dont un vrai choc d'offre sert à excuser un choc de politique économique évitable.

Donc : tenir le taux, lever les droits de douane, et laisser le système de prix achever la réallocation qu'il a déjà engagée. Les profits que fait apparaître cette publication ne sont pas un scandale à confisquer par l'impôt. Ils sont le signal qui attire le capital vers les pénuries — capacité de raffinage, transport maritime, stockage, production électrique — qui sont à l'origine du choc. Coupez le signal, et la pénurie durera plus longtemps. C'est tout l'argument, et ce trimestre en apporte la preuve.