L'argument en faveur d'une réouverture des négociations n'a jamais consisté à dire que l'Islande se tenait hors d'Europe. Elle est dans le marché unique depuis 1994, dans Schengen, dans Erasmus et Horizon, dans le marché carbone, et elle a transposé au fil de ces trois décennies environ neuf mille actes juridiques européens. L'argument était qu'elle fait tout cela sans voix au Conseil ni siège au Parlement, et qu'un pays qui applique les règles devrait pouvoir participer à leur rédaction.

Il faut être précis sur ce que recouvre cette absence, car le mot de consultation dissimule beaucoup de choses. L'Islande est informée. Elle peut transmettre des observations. Elle ne siège dans aucun des groupes de travail où un texte s'arrête vraiment, n'envoie personne dans les comités qui l'amendent, et ne vote à aucune étape entre la proposition et la norme qu'elle sera tenue de transposer. Trente ans de ce régime ont produit un droit islandais très largement écrit par des responsables que nul Islandais n'a jamais pu élire ni sanctionner.

Ce n'est pas sur le fond que la cause a été perdue. C'est sur la manière. La participation s'est établie à 82,5 %, ce qui n'est pas le fait d'un pays qui aurait glissé vers une réponse par inadvertance, et l'écart final, 52,8 contre 47,2, n'est pas celui d'un pays qui n'aurait pas écouté. Ce que la campagne a placé devant ces électeurs, c'était une liste de chapitres, un calendrier et une position de négociation. Eiríkur Bergmann, de l'université de Bifröst, a parlé d'une démonstration hautement technique et, disons-le, sans passion : il décrivait le camp qui avait gagné l'argument en train de perdre le scrutin.

On peut donner à un pays toutes les raisons d'agir sans lui en donner une seule d'y tenir. La seconde tâche est la plus difficile, et c'est celle-là qui a été escamotée.

Les enquêtes d'opinion disent exactement où cela s'est joué. Le Oui menait de six points début juin, de quatre dans la deuxième semaine d'août. Le dernier Gallup avant le vote donnait le Non en tête de trois points. Quinze jours ne suffisent à personne pour changer d'avis sur la souveraineté ; ils suffisent en revanche très exactement à une filière porteuse d'une peur concrète pour atteindre ceux qui n'en avaient aucune, pendant que l'autre camp en était encore à expliquer la clôture des chapitres.

Le coût de l'arrangement actuel n'a rien d'abstrait, et il n'est pas également réparti. Les ménages islandais empruntent autour de 9 % quand le taux directeur de la Banque centrale européenne se situe à 2,25 %. Une enseignante de Reykjavík l'a formulé à un journaliste aussi simplement que possible : ils travaillent, ils travaillent encore, et certains d'entre eux ne seront jamais propriétaires. C'est un résultat de politique publique, produit par une petite monnaie dans une petite économie, et il est désormais figé jusqu'en 2028 au moins.

La division interne à la gauche est la part du scrutin sur laquelle il vaut la peine de s'arrêter. Le Mouvement des verts et de gauche combat l'adhésion depuis trente ans, et sa propre présidente a annoncé qu'elle voterait Oui, en distinguant soigneusement la reprise des discussions de l'approbation d'une entrée. Un parti ne se divise ainsi que lorsque la question est réellement ouverte. Lire dans le vote de samedi un tempérament national arrêté plutôt qu'un scrutin serré, tenu une fois, dans les conditions d'une campagne particulière, revient à prendre un résultat pour une vérité sur le pays.

Rien de tout cela ne rend le résultat illégitime ni la crainte qui l'a porté déraisonnable. Les inquiétudes de la filière pêche à l'égard de la politique commune sont réelles, elles ont été défendues publiquement, et elles l'ont emporté. Mais le pays vient de voter pour conserver un dispositif dans lequel il obéit sans décider, et la démonstration inverse devra être refaite — devant les mêmes électeurs, dans une langue qui les atteigne, par quelqu'un qui accepte de dire à quoi cela sert plutôt que comment cela fonctionnerait.