La chronologie n'est pas contestée. Lors du troisième cycle de négociations indirectes tenu à Genève le 26 février, les négociateurs iraniens ont proposé de diluer leur stock d'uranium enrichi à soixante pour cent, de plafonner l'enrichissement à vingt pour cent sur trente machines IR-6 au plus, de n'accumuler aucun gaz enrichi et d'accepter un contrôle étendu de l'agence. La position de Washington était l'enrichissement zéro, le démantèlement des installations et l'évacuation de la matière. Les médiateurs omanais ont fait état de progrès substantiels et fixé une session technique au 2 mars. Les frappes ont commencé le 28 février.

Ce qui est mesurable depuis lors : rien. Les derniers chiffres réellement vérifiés par l'Agence internationale de l'énergie atomique remontent à juin 2025 — 440,9 kilogrammes enrichis à soixante pour cent, 184,1 kilogrammes à vingt, 6 024,4 kilogrammes à cinq. Aucun inspecteur n'est entré dans les sites frappés depuis. L'agence n'a relevé aucun élément attestant d'une militarisation, et elle prend soin de préciser que ce n'est pas la même chose que d'avoir pu aller voir.

Un programme que personne ne peut mesurer n'a pas été arrêté. Il a été dissimulé, et sur notre propre insistance.

Le directeur général de l'agence a maintenu publiquement la porte ouverte, déclarant à propos de l'accès aux sites d'enrichissement : « que cela se produise aujourd'hui, après-demain, dans une semaine ou dans dix jours, c'est important mais pas essentiel. Cela finira par arriver. » Deux mois de ces assurances n'ont pas fait entrer un seul inspecteur dans un hall endommagé, Téhéran ayant conditionné cet accès à un accord final qui n'existe pas.

À mettre en regard de cette absence : plus de trois mille quatre cents civils tués selon le décompte du bureau humanitaire des Nations unies et plus de trente-trois mille blessés ; dix-neuf soldats américains et un contractuel morts, 757 militaires blessés ; un coût pour les États-Unis estimé, au mois de juin, à 113,3 milliards de dollars. Ce sont là les prix d'une politique, et une politique est fondée à être jugée à l'aune de l'objectif qu'elle s'est elle-même assigné.

L'objection juridique n'est pas davantage une subtilité de procédure. Plus d'une centaine de spécialistes du droit international établis aux États-Unis, parmi lesquels Oona Hathaway et Harold Koh (Yale) et Philip Alston (NYU), ont signé une lettre rappelant que le recours à la force n'est licite qu'en légitime défense contre une attaque armée effective ou imminente, ou sur autorisation du Conseil de sécurité, et qu'aucune de ces deux conditions n'était réunie. En juillet, la Chambre des représentants a adopté une résolution sur les pouvoirs de guerre par 214 voix contre 208. Le texte est dépourvu de toute portée contraignante.

L'argument adverse le plus solide mérite d'être énoncé sans détour : l'offre de février pouvait être insincère, une manière de gagner des mois. C'est parfaitement exact, et c'est précisément l'argument en faveur de la vérification. La sincérité ne se lit pas dans un texte de négociation ; elle est ce qu'un régime d'inspection est conçu pour éprouver, des années durant. L'instrument qui l'aurait éprouvée est celui que l'on a supprimé.

Un règlement exige aujourd'hui les trois mêmes choses qu'au 27 février — des inspecteurs sur les sites endommagés, un inventaire complet de la matière enrichie, un passage par le détroit que nul n'a à concéder — plus six mois de morts, une économie iranienne ruinée et une direction politique moins en mesure de signer quoi que ce soit. Voilà ce qu'aura coûté l'alternative aux négociations. Soixante-huit pour cent des Américains ont déclaré en juillet, dans une enquête du Washington Post et d'Ipsos, que cette guerre ne valait pas la peine d'être menée.