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L'avenir du dollar

La part n'a pas bougé. Ce qui s'installe à côté, si.

Le dollar représentait 57 % des réserves officielles au dernier trimestre, en hausse. Le chiffre intéressant, c'est ce que les banques centrales ont acheté avec le reste.

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La devanture d'un bureau de change et de transfert d'argent sur Queen's Road Central, à Hong Kong, les symboles du dollar, du yen, de la livre, de l'euro et du won sur son enseigne.
Photo : Yagoonchk Toamei · CC BY-SA · source

La part du dollar dans les réserves officielles allouées s'établit à 57,13 % au premier trimestre 2026, contre 56,42 % le trimestre précédent, et la moitié environ de cette progression tient à l'effet de change plutôt qu'à des achats effectifs. L'euro recule à 20,03 %. Le renminbi atteint 1,99 %, après quinze ans de volontarisme d'État. Toutes les prévisions qui annonçaient la fin du système pour cette date se sont révélées fausses.

Le mouvement réel ne se joue pas entre les monnaies. Les banques centrales ont acheté un volume record de 289 tonnes d'or au deuxième trimestre 2026, en hausse de 62 % sur un an. L'or représente désormais 27 % des réserves officielles, contre 22 % pour les titres du Trésor américain et 15 % pour l'euro : il passe en tête pour la première fois depuis 1996. Les gestionnaires de réserves ne changent pas de monnaie. Ils sortent partiellement de la monnaie, vers le seul actif que nul ministère ne peut geler par simple décision.

Personne ne se tourne vers un métal qui ne rapporte rien en espérant un meilleur rendement. On le fait parce qu'on a mis un prix sur un risque qu'hier encore on tenait pour impensable.

Ce risque a une date. L'immobilisation, en 2022, de 275 à 320 milliards d'euros de réserves russes était licite, proportionnée à une invasion, et justifiée. Elle constituait aussi une démonstration, et elle a été observée. La Pologne a acheté 64 tonnes d'or cette année, plus qu'aucune autre banque centrale ; or la Pologne est membre de l'Union européenne et de l'OTAN, à l'abri de toute sanction de qui que ce soit. Ce que l'on couvre ici n'est pas le risque d'être puni. C'est le constat qu'une règle peut n'avoir été, en réalité, qu'une décision.

Le remède n'est pas de déposer l'arme. Les sanctions sont ce dont un ordre de droit dispose à défaut de la force, et l'alternative au gel des réserves russes n'était pas un monde plus clément. Le remède consiste à en rendre l'usage prévisible : des seuils fixés à l'avance, arrêtés dans un cadre multilatéral, publiés, assortis d'une procédure qu'un État neutre puisse lire et sur laquelle il puisse compter. Une sanction qui applique une règle énoncée dissuade. Une sanction qui a l'air d'une décision prise par celui qui tient le système de compensation apprend à quarante gouvernements à détenir autre chose.