L'Ofgem a confirmé le 26 août que son plafond tarifaire augmente de 4 % au 1er octobre, pour atteindre 1 723 livres par an pour une consommation type — 60 livres de plus pour quelque 22 millions de foyers au tarif par défaut. Le régulateur explique la hausse par le cours international du gaz, et l'explication est exacte. Elle est aussi complète comme physique et vide comme comptabilité, car un prix n'est pas une perte. C'est un versement. Un versement a un destinataire, et le destinataire ne figure nulle part dans l'annonce.

Mettons les sommes côte à côte. Le Centre for Economics and Business Research calcule que la guerre contre l'Iran retirera 1 100 livres au revenu réel du ménage britannique moyen cette année, 1 300 l'an prochain, soit 70,4 milliards de livres au total d'ici à fin 2027. L'Energy and Climate Intelligence Unit chiffre à 9,8 milliards le surcoût du pétrole et du gaz de gros depuis le 28 février, auquel s'ajoutent quelque 190 millions par semaine supplémentaire de combats.

190 millions par semaine ne s'évaporent pas. Ils sont facturés, encaissés, et inscrits au chiffre d'affaires de quelqu'un.

À Washington, l'arrangement est assumé sans détour. Interrogé sur l'économie, le président a vanté la Bourse pendant que l'emploi salarié reculait de 23 000 postes en juillet et que la progression des salaires ralentissait. Le sénateur Bernie Sanders lui a répondu : « Trump a raison. Son économie est une victoire pour Wall Street. » Les analystes de la Century Foundation et de Protect Borrowers décrivent l'aggravation d'une crise de l'endettement énergétique : sur la même période, les factures ont augmenté trois fois plus vite que l'inflation d'ensemble.

Le mot qui convient à ce mécanisme n'est pas « difficultés », qui sonne comme un épisode météorologique, mais transfert. Un foyer qui ne peut ni isoler son logement, ni changer de fournisseur, ni échapper au compteur paie le cours mondial du gaz en totalité. Un foyer qui dispose d'épargne, d'un tarif fixe et d'un portefeuille d'actions en paie une partie et en récupère une autre. Les écarts ne se creusent pas par accident pendant un choc. Ils se creusent parce que le choc a été aiguillé, et un aiguillage est une décision.

L'objection la plus forte est imparable sur son propre terrain : nationaliser un fournisseur ne fait pas baisser d'un centime le prix du gaz importé. C'est exact, et aucun argument sérieux ne prétend le contraire. Ce que change la propriété publique, c'est l'identité de celui qui absorbe l'écart entre ce que coûte le combustible et ce qu'un foyer peut payer — un client qui tient un avis de coupure, ou un bilan conçu précisément pour porter ce genre d'écart. La différence n'est pas mince. C'est toute la question.

D'où l'intérêt de regarder l'échec là où il s'est produit : dans l'organisation, pas dans les idées. En 2022, la campagne Enough Is Enough recueillait 150 000 adhésions le premier jour, 450 000 en quinze jours, avant de s'éteindre en quelques mois. En la lançant, Mick Lynch déclarait : « Il nous faut transformer cet état d'esprit en organisation réelle, au service de la classe ouvrière. » L'état d'esprit était au rendez-vous. L'organisation, non — et quatre ans plus tard les mêmes factures arrivent sans elle.

L'hiver qui vient sera raconté comme une catastrophe naturelle d'origine étrangère, et la première moitié de la phrase est fausse. Les guerres se décident, les systèmes énergétiques se conçoivent, et le choix d'aiguiller un choc vers les compteurs à prépaiement plutôt que vers les marges a été fait par des gens que l'on peut nommer et dater. Un mouvement capable de lire une facture est tout aussi capable de lire des comptes. C'est dans les comptes que cette bataille doit se livrer.