La disposition qu'il faut lire est la section 224 du National Defense Authorization Act, renumérotée 219 par la suite, qui institue une Initiative de coopération technologique de défense États-Unis–Israël et charge le secrétaire à la Défense de désigner un agent exécutif du Pentagone pour la coordonner et l'étendre. Annelle Sheline, du Quincy Institute, a relevé l'étrangeté toute simple de la chose : « Aucun autre pays étranger ne dispose d'un agent exécutif au Pentagone chargé d'intégrer notre complexe militaro-industriel au sien. »

Mesurons ce que cela change. Le dispositif actuel est un protocole d'accord décennal de 38 milliards de dollars, une ligne budgétaire que le Congrès peut discuter, raboter ou refuser chaque année. L'intégration industrielle, elle, n'est pas une ligne budgétaire. Ce sont des chaînes de production communes, des normes partagées, des programmes imbriqués — et une fois qu'ils existent, le vote annuel n'est plus que du théâtre. Sheline le formule ainsi : « Si nous engageons l'intégration industrielle de défense (section 219), le Congrès ne pourra plus jamais voter là-dessus. »

Le grief n'est pas que l'Amérique aide un allié. C'est qu'on soude cette aide à la coque, là où aucun Congrès futur ne pourra plus l'atteindre.

C'est une question de hiérarchie, non d'affection, et c'est un partisan de l'alliance qui l'a dit le plus nettement. En mars, Chart Westcott posait les termes : « Les États-Unis sont le partenaire principal. Israël est le partenaire subalterne. Ce n'est pas l'énoncé d'une préférence. C'est l'énoncé d'un fait. » Un partenaire subalterne s'aligne sur l'orientation stratégique du partenaire principal. Une aide conditionnelle et une coordination opérationnelle arrimées aux objectifs américains, oui. Des engagements automatiques, non.

À cette aune, l'année écoulée se lit mal. Washington est entré en février dans une guerre avec l'Iran qui aura duré quarante jours avant le cessez-le-feu. Joe Kent, qui a dirigé jusqu'en 2026 le National Counterterrorism Center, le centre américain de lutte antiterroriste, chiffre l'addition pour le contribuable américain à quelque 50 milliards de dollars, et résume son objection en une phrase : « Nous ne pouvons pas sous-traiter des pans de notre sécurité nationale à des nations qui ne partagent pas nos intérêts. » Sur la technologie elle-même, il est plus cru encore : « des portes dérobées et des logiciels espions peuvent être installés, dont les Israéliens se serviront très certainement pour peser sur la politique américaine. »

Le vote est le signe qui ne trompe pas. Lorsqu'un amendement de suppression est arrivé en juin devant la commission des forces armées de la Chambre, il a été rejeté à main levée, deux membres seulement s'y étant déclarés favorables. Ben Freeman, du Quincy Institute, observe que « ce niveau inédit d'intégration militaire américano-israélienne tranche radicalement avec le modèle traditionnel de coopération de défense fondé sur l'aide ». Une commission qui refuse un scrutin nominal sur un engagement définitif vous dit d'avance ce que ce scrutin aurait montré.

La coalition qui s'y oppose ne suit pas les clivages habituels, et c'est le second signe. Ro Khanna, qui n'a rien d'un homme de droite, a tenu un propos qu'aucun électeur de l'Amérique d'abord ne renierait : « Les Américains sont las de l'arrogance et de l'insolence du Premier ministre Netanyahou, qui explique à l'Amérique ce qu'elle doit faire. » Et encore : « Je suis pour l'équipe Amérique. Je suis pour les intérêts de ce pays. »

Rien de tout cela n'exige de tenir Israël pour un ennemi, ni de tenir la relation de renseignement pour négligeable. Cela exige de croire qu'une puissance fixe ses conditions au lieu de les recevoir, que des engagements qu'on ne peut plus rouvrir ne sont pas des engagements mais des annexions de la politique étrangère, et que le pays qui paie doit être le pays qui décide. Cela allait de soi, autrefois. Il vaut la peine que cela aille de soi de nouveau.