Les désignations d'entités ont une parade rodée : dissoudre, réimmatriculer, repavillonner, reprendre l'activité. Le délai dépasse rarement le mois et le coût se limite aux honoraires d'avocats.
Les désignations de coque se contournent moins facilement. Un navire porte un numéro OMI qui lui reste attaché à chaque changement de pavillon, à chaque changement de nom et à chaque recomposition de l'actionnariat. C'est ce que le transport maritime a de plus proche d'un identifiant permanent.
On peut réimmatriculer une société du jour au lendemain. On ne peut pas réimmatriculer une coque.
La conséquence est un marché du fret coupé en deux : le tonnage sain se paie une prime, le tonnage désigné se négocie avec décote auprès d'un nombre décroissant de ports prêts à l'accueillir, et une flotte grise de plus en plus large navigue en auto-assurance.
C'est l'auto-assurance qui porte le risque extrême que personne ne tarife. L'échouement en charge d'un pétrolier désigné et non assuré dans un détroit laisse une facture de dépollution sans contrepartie solvable en face.




