Xi Jinping est arrivé dimanche à Bichkek pour une visite d'État et pour le vingt-sixième sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai, qui s'ouvre demain avec vingt et un chefs d'État attendus, l'organisation fêtant ses vingt-cinq ans. Une visite d'État à Washington est en préparation pour septembre. Une année ordinaire, cela relèverait de la gestion d'agenda. Au septième mois d'une guerre qui tient le détroit d'Ormuz fermé dans les faits, c'est une carte des lieux où le monde va désormais se faire entendre.
Presque rien de tout cela n'a été conquis. La place a été laissée vacante. Les États-Unis mènent une guerre qu'ils ont ouverte le 28 février et qu'ils ne savent pas clore, à travers un détroit par lequel transite environ un cinquième du pétrole échangé dans le monde et qu'ils ne parviennent pas à rouvrir. Les alliés qui demandaient naguère à Washington quel était le plan en viennent à se demander s'il en existe un. Robert Kagan, que nul ne soupçonnera de déclinisme, a résumé la part américaine de l'affaire sans détour dans un podcast de la Brookings Institution en juillet : « Nous avons tout gâché. Nous avions un ordre mondial raisonnablement stable, dont tout le monde a décidé qu'il était la pire chose qui soit jamais arrivée. »
Ce que Pékin a fait de cette ouverture est précisément ce que l'alarmisme ne voit pas. La Chine n'a rien comblé. Elle n'a négocié aucun règlement, escorté aucun pétrolier, déplacé aucune flotte ; elle a opposé son veto à une résolution sur l'escorte des navires dans le détroit, évacué ses ressortissants et continué d'acheter du brut décoté. La seconde phrase de Kagan est celle qu'il faut retenir, et elle relève moins du réconfort que de la mesure.
La Chine ne peut pas diriger le monde tant qu'elle n'est pas même capable de diriger sa propre région.
La contrainte qui pèse sur Pékin est intérieure et elle est arithmétique. L'économie a progressé de 4,7 % au premier semestre 2026 et de 4,3 % au deuxième trimestre, le rythme le plus faible depuis la fin de 2022. L'investissement en actifs fixes a reculé de 5,7 %, l'investissement immobilier de 18,0 %, et les ventes de détail n'ont progressé que de 1,3 % quand les exportations bondissaient de 13,4 %. C'est le profil d'un pays qui contourne par l'exportation un problème de demande qu'il n'a pas résolu.
La réponse douanière à cette situation a déjà été expérimentée grandeur nature. Une note du Peterson Institute publiée ce mois-ci par Mary Lovely et Christine Wan établit que la part de la Chine dans les importations américaines a reculé de sept points entre 2017 et 2024, tandis que la valeur ajoutée chinoise contenue dans ces importations ne baissait que de deux. Taïwan a gagné 4,1 points, le Vietnam 3,7, le Mexique 2,3. La chaîne d'approvisionnement a été déroutée, à grands frais, et non reconstruite. Rien de tout cela ne plaide pour ouvrir la porte en espérant le meilleur ; cela plaide pour savoir ce que l'on peut, et ce que l'on ne peut pas, demander à un droit de douane.
L'objection évidente est qu'il s'agit là d'angélisme déguisé en analyse, et elle mérite une réponse franche. Le régime de licences sur les terres rares, les canons à eau braqués sur les navires de ravitaillement philippins, un budget militaire en hausse pendant que le corps des officiers est purgé : rien de tout cela n'est bénin et rien n'est inventé. La thèse n'est pas que la Chine serait inoffensive ; c'est que traiter chaque gain chinois comme une défaite américaine a produit une décennie de politiques qui ont laissé Washington plus pauvre et pas plus en sécurité.
Ce qui fonctionne est sans éclat, et c'est à portée de main. Maintenir les alliances assez étroites pour que Manille et Tokyo ne soient pas laissées à improviser. Rédiger des contrôles à l'exportation assez ciblés pour être applicables et assez larges pour peser. Rouvrir le détroit avec les pays qui l'empruntent, y compris celui qui achète le plus de pétrole. Et cesser de concéder, à chaque vol d'un appareil chinois, que le siècle appartient au moins distrait.




