L'Organisation de coopération de Shanghai se réunit demain à Bichkek, vingt et un chefs d'État attendus, et l'Occident lira le communiqué comme du théâtre. Là n'est pas le sujet. Le sujet, c'est ce que Pékin a fait de six mois pendant lesquels personne, à Washington, n'a eu l'attention disponible pour regarder vers l'est ; et la réponse est documentée : lignes budgétaires, règles de licence, mouvements de navires. Rien de tout cela n'aura coûté une seule vie chinoise.
Le budget d'abord. Le budget de défense central chinois pour 2026 a été fixé à 1 910 milliards de yuans, environ 277 milliards de dollars, soit une hausse de 7 % après trois années consécutives à 7,2 %. L'annonce émane d'un appareil militaire que l'on démantèle de l'intérieur : le CSIS recense 101 officiers supérieurs purgés depuis 2022, et la Commission militaire centrale, qui comptait onze membres en 2012, n'en compte plus que deux. Le général Zhang Shengmin, son vice-président, a enjoint aux forces d'« appliquer intégralement le système de responsabilité ultime du président de la CMC ».
Il faut lire cet attelage avec soin, car la conclusion confortable que l'on en tire est la mauvaise. Une armée que l'on purge n'est pas une armée qui désarme ; c'est une armée que l'on rend obéissante à un seul homme, et l'obéissance est précisément ce qu'exige un ordre d'appareillage.
Une puissance révisionniste affaiblie n'est pas pour autant une puissance apaisée. C'est une puissance à qui il reste moins de bonnes années devant elle.
La coercition, elle, n'a pas cessé. Le 1er août, les garde-côtes chinois ont mené au récif de Scarborough un exercice de police maritime répétant l'abordage et la saisie, tandis que le commandement du théâtre Sud manœuvrait en parallèle ses moyens de frappe aériens et navals. Le 6 août, avec un an de retard, Pékin a fini par reconnaître la collision qui y était survenue entre l'un de ses patrouilleurs et un bâtiment de sa marine. En juillet, une vedette des garde-côtes chinois a serré la mission de ravitaillement du Sierra Madre, échoué au récif de Second Thomas ; un marin philippin en est revenu avec des blessures à la tête infligées, selon l'armée philippine, à coups de matraque en bois.
Vient ensuite le goulet d'étranglement. La Chine assure environ 70 % de l'extraction de terres rares, 90 % de la séparation et du traitement et 93 % de la fabrication d'aimants, et le régime de licences instauré en décembre dernier s'applique à tout aimant comportant ne serait-ce que 0,1 % de terres rares lourdes chinoises. Les entreprises liées à des armées étrangères, américaines comprises, sont prévenues d'avance qu'elles seront pour l'essentiel éconduites. Aucun substitut n'existe sur étagère : une participation de 400 millions de dollars au capital de MP Materials et un prix plancher de 110 dollars le kilo garanti dix ans sur sa production sont un début raisonnable face à un problème qui se compte en décennies.
L'objection consiste à dire que le camp vulnérable, c'est Pékin, et elle est à moitié fondée. La moitié de son brut importé, quelque 5,4 millions de barils par jour, transitait par le détroit aujourd'hui fermé ; la croissance est tombée à 4,3 % au deuxième trimestre ; un industriel chinois sur trois perdait de l'argent en février. Mais un moyen de pression ne vaut que si quelqu'un consent à s'en servir, et pendant six mois le seul acheteur sérieux de pétrole iranien a été traité en médiateur, non en partie prenante.
Donc : tenir les contrôles à l'exportation au lieu de les monnayer contre des commandes de soja, constituer les stocks d'aimants et d'intercepteurs avant d'en avoir besoin, financer la première chaîne d'îles sur un calendrier qui tient 2027 pour acquis plutôt que d'espérer y échapper, et limiter toute trêve tarifaire à une durée assez brève pour qu'elle expire tant que Washington a encore quelque chose à retenir. Le Golfe est une crise. Le Pacifique est l'addition.




