Le 11 juin 2026, cette guerre est devenue plus longue que la Première Guerre mondiale. Frank Furedi a relevé la date parce que personne d'autre ne l'aurait fait : un conflit qui devait se régler en quelques jours, puis en une saison, puis moyennant un paquet d'aide de plus, dure désormais depuis plus longtemps que la guerre qui emporta quatre empires. Ce n'est pas un argument de tribune. C'est un fait qui dit quelque chose de la planification — et de ceux qui l'ont conduite.

Le palmarès des prévisions mérite d'être rappelé avant que l'on ne croie la suivante. Kiev devait tomber en soixante-douze heures. L'économie russe devait s'effondrer sous les sanctions dans l'année. La contre-offensive devait atteindre la mer. Chacune de ces annonces est sortie des institutions mêmes qui assurent aujourd'hui au public que l'issue va de soi, que l'escalade est maîtrisée et que le financement est bouclé.

Un but de guerre, c'est une phrase qu'un ministre peut prononcer à voix haute. Quatre ans et demi de guerre plus tard, aucun gouvernement européen n'en a une : d'où une politique qui n'arrive que par tranches.

Ce qui a remplacé la phrase, c'est un vocabulaire. Le soutien est « indéfectible », la menace « existentielle », le calendrier « aussi longtemps qu'il le faudra » — trois formules qui, ensemble, engagent tout et ne précisent rien. Un gouvernement qui dit « aussi longtemps qu'il le faudra » n'a pas choisi une durée : il a refusé d'en choisir une, et il s'est arrangé pour que ce choix ne soit jamais soumis au vote.

Regardons comment l'argent a réellement été trouvé. En décembre, le Conseil européen n'est pas parvenu à s'accorder sur un emprunt gagé sur les quelque 210 milliards d'euros d'avoirs russes immobilisés, dont environ 185 logés en Belgique, parce que le gouvernement belge refusait d'en porter le risque juridique. On a donc emprunté 90 milliards à la place, sans intérêt, sur les marchés de capitaux et sur la garantie du budget européen — c'est-à-dire sur les contribuables européens, trois États membres ayant négocié de ne rien verser du tout.

Les origines méritent la même franchise. L'engagement que l'Ukraine rejoindrait un jour l'OTAN a été pris à Bucarest en 2008, poussé par un président ukrainien à la fois en fin de mandat et massivement impopulaire chez lui, et il est depuis l'obstacle immuable de chaque négociation. Le dire n'est pas défendre l'invasion, et personne de sérieux ne prétend le contraire. C'est décrire une politique qui fut contestée le jour même où elle fut prise, que les peuples qu'elle engage n'ont jamais été appelés à réexaminer, et que l'on traite aujourd'hui comme si elle était tombée du ciel.

L'exigence d'un règlement n'est pas davantage une injonction venue du dehors. Gallup a mesuré 69 % d'Ukrainiens souhaitant une sortie négociée au plus vite, contre 24 % pour la poursuite des combats ; une enquête de l'Institut international de sociologie de Kiev situe à 72 % le soutien à un gel de la ligne actuelle assorti de garanties. Ceux qui ont le plus de titres à être entendus se sont prononcés — et ce sont des gouvernements dont les citoyens n'iront pas se battre qui les désavouent.

Reste une machine sans destination annoncée et dont la facture ne cesse de croître, tenue par une classe politique qui traite toute question sur l'une comme sur l'autre comme une faute morale. L'alternative n'est pas la capitulation. C'est la discipline ordinaire que l'on exigerait de n'importe quelle autre politique : énoncer l'objectif, le chiffrer, le soumettre à ceux qui paient, et négocier depuis la position que l'on tient réellement plutôt que depuis celle que l'on proclamait en 2022.