La carte n'a presque pas bougé cette année et la colonne des victimes n'a jamais progressé aussi vite. La mission de surveillance des droits de l'homme des Nations unies a vérifié 1 396 civils tués et 7 978 blessés au cours des six premiers mois de 2026, soit une hausse de 37 % par rapport à la même période de 2025 et de 114 % par rapport à celle de 2024. Pour le seul mois de juin, 293 morts et 1 990 blessés : le pire bilan mensuel depuis avril 2022. Un front figé n'est pas un front calme, et les deux constats ne se contredisent pas — c'est le même fait, saisi par deux instruments différents.
L'explication tient à l'armement plutôt qu'à la géographie. Les victimes des missiles et des drones de longue portée ont augmenté de 60 % en un an et représentaient, en juin, 45 % du total. Les drones de courte portée employés près de la ligne de contact ont tué 89 civils et en ont blessé 588 sur ce seul mois, le chiffre le plus élevé jamais enregistré. La guerre a cessé d'avancer ; elle s'est mise à porter plus loin.
Voilà pour la guerre. La paix, elle, a déjà un prix. La cinquième évaluation conjointe du gouvernement ukrainien, de la Banque mondiale, de la Commission européenne et des Nations unies, publiée en février, chiffre les besoins de reconstruction et de relèvement à près de 588 milliards de dollars sur dix ans, pour des dommages directs supérieurs à 195 milliards. Quatorze pour cent du parc de logements est endommagé ou détruit, soit plus de trois millions de ménages.
Quelqu'un paiera. La seule question encore ouverte est de savoir si la facture sera adressée à l'État qui a causé les dommages ou aux contribuables qui ont refusé cette guerre.
L'Europe a jusqu'ici répondu à cette question en refusant d'y répondre. En décembre, ses dirigeants ont arrêté un prêt à taux zéro de 90 milliards d'euros pour 2026 et 2027, levé sur les marchés de capitaux et gagé sur le budget de l'Union, plutôt que de prêter sur les quelque 210 milliards d'euros d'avoirs souverains russes immobilisés dans l'Union. Environ 185 milliards se trouvent en Belgique, dont le gouvernement objecte qu'une juridiction pourrait un jour ordonner réparation et qu'une chambre de compensation n'est pas un objet d'expérimentation.
La prudence belge n'est pas frivole. Mais elle est de nature procédurale, et les objections procédurales appellent des réponses procédurales : garanties d'indemnisation, responsabilité conjointe et solidaire, base juridique arrêtée par les Vingt-Sept plutôt qu'improvisée par un seul. Ce qui ne se défend pas, c'est le dispositif actuel, où le risque juridique de facturer l'agresseur est jugé intolérable tandis que le risque budgétaire de l'emprunt de substitution est discrètement mutualisé entre ces mêmes Vingt-Sept.
L'autre moitié du problème tient à ce qu'un règlement n'est pas un document. Tatiana Stanovaïa, du Carnegie Russia Eurasia Center, soutient que les exigences de Moscou débordent largement la question territoriale pour s'étendre à la vie politique intérieure ukrainienne, et qu'un texte signé sous contrainte ne résisterait au contact d'aucune des deux sociétés. Elle situe l'obstacle avec précision : « La principale source de l'agression russe est une profonde défiance à l'égard de l'Occident » — et une conviction arrêtée sur les intentions qu'on lui prête.
Le programme sérieux est donc plus terne que l'argument des armes ou celui de la paix. Financer le déficit ukrainien selon un calendrier sur lequel son ministère des finances puisse fonder une programmation. Fixer la base juridique applicable aux réserves avant que le moment politique de le faire ne se referme. Ouvrir les chapitres d'adhésion qui sont prêts à l'être. Bâtir l'audit qui permettra aux 588 milliards de dollars de survivre au trajet qui va de la promesse au béton coulé. Rien de tout cela n'est photogénique ; c'est pourtant tout ce qui sépare une paix d'un entracte.




